MINORITY REPORT: “BIG BROTHER ALIVE!”

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L’Europe connait officiellement l’existence du réseau ÉCHELON depuis 1997 suite à la publication d’un rapport du parlement Européen préparé par son bureau technique des Évaluations des Options Techniques et Scientifique (STOA), suite à la première publication Quatre autres suivirent dont une dénommée IC 2000 (Interception Capability 2000) décrivant l’infrastructure mise en place dans le cadre du projet ÉCHELON.
Depuis cette date l’Europe n’a pas bougé, elle s’en est remise au bon gré des gouvernements nationaux pour ce qui concerne l’interception des signaux, ce que les Américains appellent “SIGINT”. Il convient d’être précis, ÉCHELON n’est qu’une solution technique parmi d’autres auxquels certains pays ont adhèré (USA, UK, Canada, Australie etc…).

L’existence d’échelon est justifiée par un traité signé juste après la seconde guerre mondiale en 1947 et visant à partager entre les alliés les connaissance et techniques d’écoutes et de déchiffrements notamment à l’égard de l’ennemi commun l’URSS. Cet accord “confidentiel” fut ratifié par les pays anglos-saxons mais aussi par l’Allemagne et plus tard la Turquie et la Corée du sud, ces nouveaux membres forment la “seconde” ligne, leur influence est moindre que celle des membres du Commonwealth et des USA. A ma connaissance, La France est bien sur restée en dehors de cet accord, probablement une volonté d’indépendance initiée par le général de Gaulle.
Il est important de maitriser et de contrôler les communications de l’ennemi (je ne reviendrai pas sur l’importance pour les alliés de la découverte du code d’ENIGMA dans l’issue de la guerre). Dans un monde où la communication n’est plus manuscrite mais numérique, posséder une infrastructure d’écoute et d’analyse est un avantage stratégique.
A ne pas douter cette notion d’avantage stratégique est partagé par les Russes, les Chinois ou les indiens et d’autres pays comme l’Iran ou la Corée du nord. Toutes nations prétendant à une forme d’indépendance se doit de posséder son propre système d’écoute et d’analyse.

On peut lire le rapport sur la défense Nationale où il est dit en page 66:

” Le développement de la connaissance et des capacités d’anticipation est notre première ligne de défense. Il doit faire l’objet d’un effort significatif et prioritaire, qui irrigue l’ensemble des actions des pouvoirs publics, civils et militaires. La bataille du XXIe siècle se jouera d’abord sur le terrain de la connaissance et de l’information, des hom- mes comme des sociétés. C’est aussi un domaine d’excellence de nos capacités scientifiques, technologiques et industrielles.
Cette fonction couvre cinq domaines majeurs :
– le renseignement ;
– la connaissance des zones d’opérations ;
– l’action diplomatique ;
– la démarche prospective ;
– la maîtrise de l’information.”

(L’URL du rapport est placée en fin de document). La bonne question est : seul avons nous les moyens d’une telle stratégie ? ou devons nous, nous associer avec les autres pays européen dans un programme comme INDECT ?
Ce qui porte à suspicion vis à vis de systèmes comme ECHELON est l’objectif à atteindre. Si celui ci est militaire, leur existence est justifiables eu égard aux risques dans un monde instable. Si par contre la justification est économique alors nous pouvons nous interroger du bien fondé d’un tel système.

Depuis l’existence d’ECHELON plusieurs dossiers économiques semblent avoir été obtenu de façon troublante par les Américains, ceci il faut le préciser sans preuve et il faut bien aussi l’admettre, dans cette guerre économique nous ne sommes pas les derniers à utiliser des techniques parfois “douteuses”.
Ce qui est intéressant d’observer est que des systèmes comme ECHELON s’accordent à traiter des signaux numériques hertzienne ou satélitaires (pour la téléphonie) ou des données numériques qui transitent par câble pour Internet, or la population mondiale ayant accès à Internet n’est que de 18 % soit approximativement le milliard d’habitants. Le reste de la population de notre planète bleue (soit 82 %) n’est donc pas sous le contrôle de d’ECHELON.

On peut donc en déduire que la pertinence des données collectées par ECHELON ne couvre que les pays développés mais pas ou très peu de la population des pays en voie de développement. D’où mon doute sur la capacité de ce système à intercepter une attaque terroriste. Par contre il me semble plus “orienté” vers de cibles économiques et aux renseignements sur des individus agissant dans des pays développés.

Quelque soit l’axe de justification, Militaire ou Economique, l’Europe se doit de posséder une infrastructure d’écoute et d’analyse afin d’assurer à sa population les mêmes avantages stratégiques que possèdent les autres grandes nations. On peut imaginer qu’INDECT soit administré dans un cadre plus démocratique, car issu d’une institution politique, qu’un système comme ECHELON dont la forme de gouvernance est encore inconnue. INDECT n’en est pour le moment qu’à un stade purement analytique sur les moyens et techniques disponibles pour atteindre un tel objectif.

A cela j’ajoute que la liberté individuelle n’est pas plus en péril à cause de ces systèmes d’écoutes qu’elle ne l’est par le simple fait de posséder un téléphone mobile. En voici l’explication :

Il n’y a pas encore très longtemps de cela, seul votre fournisseur de téléphonie Mobile (SFR, Orange, Bouygues) était à même de procéder la “géolocalisation” par triangulation d’un mobile, cette technique était parfois offerte aux entreprises dans le cadre de contrat. Les sociétés pouvaient ainsi connaitre la position de leur flotte de commerciaux, il fallait pour une utilisation de ce service que le salarié soit informé et donne son accord. Depuis peu les fournisseurs de téléphonie doivent conserver l’historique de ces données, celles-ci sont accessibles par la justice sur commission. Mais jusque là nous étions placés dans un cadre “juridique” relativement maitrisé et sous une tutelle nationale connue par tous.

Les choses ont changé depuis l’apparition d’un téléphone à la pomme (et depuis sur la plupart des SmartPhone), grâce à ce type de téléphone vous pouvez obtenir votre géolocalisation directement dans votre téléphone (ce qui est de prime abord assez sympa, notamment pour trouver quelques informations sur l’entourage immédiat comme la liste des restaurants autour de soit etc..) mais aussi grâce à un service internet où il est possible de connaitre exactement l’endroit exact où se trouve son portable. Bien me direz vous c’est plutôt intéressant de savoir ou récupérer un téléphone perdu ou volé … oui mais cette information est stockée sur des serveurs d’entreprises commerciales et non Français.

Imaginez aujourd’hui une homme d’affaire équipé de ce téléphone, je peux connaitre sa position à chaque instant de sa vie, ce qu’il mange, grâce aux restaurant où il va,les rencontres ,les “petites” habitudes comme ses trajets, les cercles auxquels il participe, les réunions et les lieux, tout cela en simplement en connaissant sa position à plusieurs instants de la journée. En complément et sans besoin d’Échelon j’ai accès à son carnet d’adresses donc à son “réseau ” et bien sur à ces mails car toutes les informations pour accéder aux serveurs de messagerie sont dans son portable.

Placez vous 10 ans en arrière et imaginez la somme d’efforts et de moyens à produire pour obtenir toutes ces informations… aujourd’hui il faut un ordinateur et un accès aux bases de données.

L’inconvénient principal de ces données c’est qu’elles sont placées au sein de serveurs qui ne sont pas en France, qui donc dépendent d’une juridiction différente de la notre. Plus simplement des données caractérisant notre vie de tous les jours sont stockées sur des machines basées aux USA.

Depuis les événements du 11 Septembre l’Amérique s’est doté de textes de lois dénommés “Patriot Act” qui permet sous couvert de la lute anti-terroriste d’accéder à tous systèmes d’informations placés sur son sol. Ainsi donc dans l’absolue les agences du gouvernement américain peuvent avoir accès à nos données personnelles relativement facilement. Mais aussi dans une autre mesure ces données peuvent être vendues dans le cas où l’on aurait à faire à une société extrêmement mercantile. Celui qui a lu un accord relatif à la clause de confidentialité sur les données sait qu’elles sont contournables à souhait.

Notre liberté individuelle est en péril le jour où nous signons un contrat d’abonnement pour un mobile…

Autre exemple, la production de documents. Jusqu’à présent les documents créés étaient stockés sur nos ordinateurs, voir sur des serveurs pour les entreprises mais dans tous les cas leur situation géographique était connue. L’accès à ces documents par tout autre personne que leur propriétaire est régi par un cadre juridique précis.

La société fort connue “Google” offre un service gratuit de stockage ET de production de documents avec un logiciel du type de Word en ligne, ce service commence à être très utilisé car il est pratique pour celui qui se déplace régulièrement, les documents sont accessibles facilement à partir de n’importe quel ordinateur et ne nécessite pas l’achat de logiciels. Microsoft de son côté proposera sa suite “Microsoft office 2010″ gratuitement sur Internet l’an prochain, plus besoin d’acheter de logiciels. Il va de soit qu’en utilisant un outil publié sur Internet pour produire des documents, il y a de fortes chances pour que vous stockiez ces documents sur Internet.

Savez vous où seront, demain “physiquement” vos documents ” ? non et personne ne le sait exactement, il y a de fortes chance qu’ils soient eux aussi sur des serveurs placés aux USA ? Mais une question doit être posée, quelle juridiction s’applique à ces fichiers ? est-ce celle du pays où ils sont créés, ou du pays sur lequel ils sont stockés?

Les entreprises adhéreront lentement à ce modèle de services grâce à la méfiance bien tangible vis à vis de fournisseurs de solutions informatiques sur Internet. Mais il adviendra avec le temps, inévitable, d’exploiter ces services, déjà en 2009, 30% des grandes entreprises Américaines ont “externalisé” leur service de messagerie hors de leurs locaux. Ces sociétés ne maitrisent donc plus “directement” les flux de messages électroniques, des entreprises privées le font à leur place et de toute évidence celles-ci peuvent avoir un accès aux message électronique sans restrictions.

Après la géolocalisation, les carnets d’adresses, les agendas, les documents, la messagerie ? il reste la presse et les médias.

Pendant le début des années 2000 la bataille de la musique numérique était à son paroxysme, le CD perdit et l’avenir appartiendrait maintenant aux fichiers téléchargés légalement (avec DRM) sur Internet, ce n’est plus qu’une question de temps pour que le CD disparaisse. Depuis 2 ans les acteurs prennent placent autour du champ de bataille de la vidéo, mais encore une fois le sort du DVD est gravé, la VOD (Video on Demand) par internet a pris le dessus et là encore sa victoire ne fait plus de doute c’est une question de temps. Il ne manque plus que le livre et la presse et la boucle est bouclée.

La bataille du livre numérique se prépare depuis longtemps, technologiquement “parlant” les différents essais qui ont eu lieu ne furent jusque là pas concluant, mais depuis 12 mois le nombre de projet de tablettes semble faire penser que nous approchons d’une convergence entre le souhait du marché (les lecteurs) et les technologies disponibles pour les masses.

C’est ainsi que l’on peut acheter chez AMAZON le Kindle, une tablette pour lire des livres, cette “tablette de lecture” rencontre un grand succès, tout comme son concurrent chez Sony. Bien pourquoi pas me direz vous, les livres sont achetés sur la tablette et sont envoyés instantanément sur cette fameuse tablette. Première remarque qui rejoint les constats prétendants, je n’ai pas forcement envie que de l’autre côté de l’atlantique (ou n’importe où dans le monde) on sache quelles sont mes lectures. Puis vint l’incident du mois de Juillet 2009 chez Amazon.

l’entreprise Amazon s’est rendu compte qu’elle n’avait pas les droits sur un livre qu’elle diffusait électroniquement pour le Kindle. Elle utilisa tout simplement “la technologie ” pour se mettre en conformité, et c’est ainsi qu’à distance elle supprima l’ouvrage des tablettes de ceux qui avaient acheté ce livre ! Quelle liberté avez vous de choisir et de lire un livre si à tout moment une entreprise commerciale ou un gouvernement peut à distance supprimer un ouvrage de votre bibliothèque ?

Je ne suis pas contre le droit d’auteur, le créateur mérite sa rétribution. Mais il existe un consensus sur le fait que ce modèle ne s’applique pas à Internet et cela quelque soit le media créé (musique, film, vidéo, presse), il manque un modèle, il reste à inventer.

Les maisons d’éditions ont réagit brutalement en reproduisant avec le DRM un modèle dépassé. Et cela fini par pénaliser le client. Lorsque vous achetez un livre, ou un CD de musique, vous possédez un droit de propriété et donc d’usage du support et de l’oeuvre. Il vous appartient de l’écouter et de le prêter à un ami, à vos enfants, combien d’entre nous avons commencé par emprunter des livres chez nos proches ? Et bien cela ne sera plus possible demain (et pas dans un horizon très lointain).

Si j’achète une œuvre numérique de nos jours, celle-ci est protégée par DRM, je ne peux la prêter à un proche, j’ai donc acheté un produit qui ne me confère que l’usage personnel et non plus la propriété. Nous entrons dans un monde où l’accès à l’art se fera sous forme de droit temporel d’accès à l’oeuvre, avec comme paroxysme celui de l’éducation qui ne sera plus accessible qu’à ceux qui pourront s’offrir l’accès aux Oeuvres.

Mais là c’est un autre sujet sur lequel nous pourrons revenir… car l’avenir qui nous est dessiné est surprenant, il affecte bien au delà des ouvres artistiques…

En résumé et pour revenir sur notre sujet principal : Un système comme ECHELON ou INDECT ne mettent pas plus en péril notre liberté individuelle que nous ne l’avons déjà fait au travers des technologies que nous utilisons tous les jours. La “globalisation” de l’information induit que nos vies soient “enregistrées” et “tracées” dans des machines disséminées de part le monde (Voir document de l’OCDE sur les flux de données transfrontaliers), plusieurs questions se posent :

- qui a accès à ces informations ?
- qui assure le cadre juridique liés à ces informations ?
- ai-je un droit sur ces informations ?
- les agences gouvernementales peuvent elles accéder à ces informations ?

Questions qui furent posées et traitées par la loi sur la liberté et le traitement de l’information et en particulier sur la création de la CNIL “L’informatique doit respecter l’identité humaine, les droits de l’homme, la vie privée et les libertés”, ne nous manque t il pas un CNIL internationale ?

Il est intéressant de lire le rapport de la CNIL, qui affiche une croissance de 765 % de délibération sur le sujet des libertés individuelles et le traitement de l’information. (URL en fin de page), (à noter que le budget de fonctionnement de la CNIL est de 13 M€ et emploie 130 personnes, ce qui est ridicule pour eu égard au sujet).

Et si les Européens n’étaient pas les mauvais élèves ? Bouger un “conglomérat” de 500 millions d’habitants , n’est pas simple, pourtant l’Europe s’organise autour de cette liberté individuelle et a créée le G29 qui regroupe les 27 “CNILs” européen, certes tout est à faire, mais je suis plus confiant dans l’émergence d’un système comme INDECT dans un zone où la liberté individuelle est une préoccupation de toujours.

SOURCE : http://www.d-df.org/index.asp?LETTRE_ID=2390&LETTRE_CRYPT=m98ogd
Henri Dominique Rapin

A lire :
——–
- Le livre de Dunca Campbell :: http://books.google.com/books?id=eekmivYlD5YC&printsec=frontcover&hl=fr&source=gbs_summary_r&cad=0#v=onepage&q=&f=false
- Le tour du monde de l’internet : http://www.journaldunet.com/diaporama/0509tourdumonde/01population-mondiale.shtml
- Le projet INDECT : http://www.indect-project.eu/
- Patriot ACT
- Le Rapport sur la défense Nationale : http://lesrapports.ladocumentationfrancaise.fr/BRP/084000341/0000.pdf
- Le rapport de la CNIL : http://www.cnil.fr/fileadmin/documents/La_CNIL/publications/CNIL-29erapport_2008.pdf
- Le site du G29 : http://ec.europa.eu/justice_home/fsj/privacy/workinggroup/index_fr.htm
- le site de l’OCDE sur les flux d’information transfrontaliers http://www.oecd.org/document/57/0,3343,fr_2649_34255_1815225_1_1_1_1,00&&en-USS_01DBC.html et http://www.oecd.org/document/49/0,3343,fr_21571361_34590630_34682353_1_1_1_1,00.html
- Sur l’incident du Kindle / AMAZON : http://pogue.blogs.nytimes.com/2009/07/17/some-e-books-are-more-equal-than-others/ (ANGLAIS) et http://www.engadget.com/2009/10/01/amazon-clarifies-kindle-book-deletion-policy-can-still-delete-b/

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